Kamakura hors des sentiers battus : plages et temples moins connus

À seulement une heure de Tokyo, Kamakura révèle bien plus que ses attractions touristiques emblématiques. Cette ancienne capitale du shogunat cache des trésors méconnus qui offrent une expérience authentique du Japon traditionnel. Loin des foules qui se pressent autour du Grand Bouddha et du sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gu, des plages sauvages, des temples secrets et des sentiers forestiers préservés attendent les voyageurs curieux. Ces lieux confidentiels permettent de découvrir l’âme véritable de cette cité historique, où la spiritualité bouddhiste se mêle harmonieusement à la beauté naturelle de la péninsule de Shonan.

Plages secrètes de kamakura : shichirigahama et inamuragasaki

Shichirigahama : panorama sur l’île d’enoshima et le mont fuji

Shichirigahama représente l’un des panoramas les plus spectaculaires de la région, offrant une vue imprenable sur la baie de Sagami. Cette plage de sable noir d’origine volcanique s’étend sur près de 2,5 kilomètres, créant un contraste saisissant avec les eaux turquoise du Pacifique. Les visiteurs découvrent ici un point de vue privilégié sur l’île d’Enoshima, dont la silhouette caractéristique se détache majestueusement à l’horizon.

Par temps clair, le mont Fuji dévoile sa silhouette iconique au-dessus de la baie, particulièrement visible durant les mois d’hiver lorsque l’air est moins chargé en humidité. Les photographes professionnels considèrent cette plage comme l’un des meilleurs spots pour capturer le Fuji-san dans son écrin naturel. Le coucher de soleil transforme régulièrement ce paysage en tableau impressionniste, avec des reflets dorés qui dansent sur les vagues.

Inamuragasaki : géologie volcanique et formations rocheuses uniques

Inamuragasaki fascine par ses formations géologiques exceptionnelles, témoins de l’activité volcanique ancienne qui a façonné la péninsule de Shonan. Cette promontoire rocheux révèle des strates de tuf volcanique vieilles de plusieurs millions d’années, créant un musée naturel à ciel ouvert. Les affleurements rocheux présentent des couleurs variées allant du gris anthracite au rouge ocre, selon la composition minérale des couches géologiques.

Les géologues amateurs apprécient particulièrement la diversité des roches visibles : basalte colonnaire, brèches volcaniques et conglomérats marins s’entremêlent dans un chaos organisé par les forces tectoniques. Cette richesse géologique explique la forme particulière du littoral, avec ses anses protégées et ses caps avancés dans l’océan. Les marées basses révèlent des plateformes d’abrasion marine où se développe une faune littorale remarquable.

Yuigahama est : zone préservée loin des foules touristiques

La partie orientale de Yuigahama échappe miraculeusement aux circuits touristiques classiques, conservant son caractère sauvage et authentique. Cette section de littoral abrite une végétation dunaire rare dans la région, avec des espèces endémiques adaptées aux conditions salines et venteuses. Les botanistes y recensent notamment le Glehnia littoralis, une ombellifère caractéristique des côtes japonaises, et diverses gr

uelles de graminées halophiles qui stabilisent le sable et protègent le littoral de l’érosion.

Moins fréquentée que la partie centrale de Yuigahama, cette zone offre un cadre idéal pour une promenade contemplative ou une séance de lecture face à l’océan. On y croise surtout des habitants de Kamakura, des promeneurs avec leurs chiens et quelques surfeurs, ce qui renforce la sensation de découvrir un littoral encore préservé. En respectant la réglementation locale — notamment l’interdiction de manger en marchant et l’obligation de remporter ses déchets — vous contribuez à la protection de cet écosystème fragile.

Accès par la ligne enoshima electric railway (enoden)

Les plages discrètes de Shichirigahama, Inamuragasaki et Yuigahama Est sont toutes accessibles grâce à la ligne historique Enoshima Electric Railway, plus connue sous le nom d’Enoden. Ce petit train électrique longe la côte entre Fujisawa et Kamakura, offrant des vues superbes sur la baie de Sagami et l’île d’Enoshima. Les wagons rétro, peints dans des tons verts et crème, renforcent le charme nostalgique de ce trajet côtier.

Pour Shichirigahama et Inamuragasaki, il suffit de descendre respectivement aux gares Shichirigahama et Inamuragasaki, situées à moins de cinq minutes à pied de la plage. Yuigahama Est est accessible depuis la gare Yuigahama ou depuis la gare JR de Kamakura en une quinzaine de minutes de marche. Vous pouvez régler le trajet avec une carte de transport type Suica ou Pasmo, ou acheter un billet à l’unité, mais un pass journée de l’Enoden devient vite intéressant si vous prévoyez plusieurs arrêts le long de la côte.

Meilleurs créneaux horaires pour éviter l’affluence

Si vous souhaitez profiter des plages de Kamakura hors des sentiers battus, le timing joue un rôle essentiel. Les week-ends d’été et les jours fériés japonais attirent une foule considérable de Tokyoïtes en quête de fraîcheur, ce qui transforme certains secteurs en véritable station balnéaire. Pour retrouver l’ambiance paisible décrite plus haut, privilégiez les matinées en semaine, entre 7h et 10h, lorsque les surfeurs partagent encore la plage avec quelques joggeurs.

En fin d’après-midi, à partir de 16h, l’atmosphère redevient plus calme, surtout en dehors de la haute saison (juillet-août). C’est d’ailleurs l’un des meilleurs moments pour admirer le coucher de soleil sur l’horizon, avec le mont Fuji parfois visible en toile de fond. Vous voyagez en hiver ou au début du printemps ? Vous aurez alors la surprise de découvrir ces plages presque désertes, avec une lumière cristalline idéale pour la photographie de paysage.

Temples bouddhistes méconnus du secteur de Kita-Kamakura

Au nord du centre-ville, le secteur de Kita-Kamakura concentre certains des plus anciens temples zen du Japon, souvent éclipsés par les grands noms comme Engaku-ji ou Kencho-ji. Pourtant, en vous aventurant dans les ruelles latérales ou en suivant les petites routes bordées de forêts, vous découvrirez une série de complexes religieux plus confidentiels. Ces temples méconnus de Kamakura permettent une approche plus intime du bouddhisme, loin des cars de touristes et des files d’attente.

Jufuku-ji : premier temple zen rinzai de la région du kantō

Fondé à la fin du XIIe siècle, Jufuku-ji est considéré comme le premier temple zen de l’école Rinzai dans la région du Kantō. Situé à mi-chemin entre la gare de Kamakura et Kita-Kamakura, il se cache derrière une longue allée bordée de cèdres et de bambous, qui plonge immédiatement le visiteur dans une atmosphère de recueillement. L’enceinte principale n’est pas toujours ouverte au public, mais la simple traversée de l’allée et la vue sur les bâtiments de bois suffisent à ressentir l’ancienneté du lieu.

Vous ne verrez pas ici de grands portails monumentaux ni de jardins spectaculaires comme à Kyoto. La beauté de Jufuku-ji réside plutôt dans sa sobriété architecturale et le jeu subtil entre ombre et lumière filtrant à travers les arbres centenaires. C’est un endroit parfait pour faire l’expérience du wabi-sabi, cette esthétique japonaise qui valorise la simplicité, les matières brutes et la patine du temps. En semaine, il n’est pas rare d’y marcher seul, accompagné seulement par le chant des oiseaux.

Kaizo-ji : architecture kamakura-bori et jardins de mousse

Un peu plus à l’écart, Kaizo-ji séduit par son ambiance de jardin secret. Le temple est connu pour ses éléments décoratifs en Kamakura-bori, une technique de sculpture sur bois laqué développée à l’époque de Kamakura. Les portails, autels et certains panneaux intérieurs présentent ainsi des motifs délicatement ciselés, évoquant des fleurs de lotus, des nuages ou des dragons stylisés. Pour les amateurs d’art traditionnel, c’est une excellente alternative aux musées bondés.

Le jardin de Kaizo-ji, quant à lui, se caractérise par des tapis de mousse soigneusement entretenus, ponctués de pierres disposées selon les principes du jardin sec zen. Au printemps, des azalées et des érables viennent apporter des touches de couleur à ce paysage vert profond. Vous vous demandez où trouver un endroit vraiment silencieux à Kamakura ? Kaizo-ji en fait partie : on y croise surtout quelques habitants et des pèlerins, ce qui en fait un lieu idéal pour s’initier à la contemplation zen.

Myōhon-ji : complexe nichiren aux escaliers de pierre sculptée

Contrairement à la majorité des temples zen de Kamakura, Myōhon-ji appartient à l’école bouddhiste Nichiren. Niché dans une vallée boisée à l’est de la gare, ce complexe impressionne d’abord par son large escalier de pierre qui mène au pavillon principal. Les marches, légèrement irrégulières et couvertes par endroits de mousse, donnent l’impression de remonter le temps vers le Japon médiéval. De part et d’autre, de petites lanternes de pierre ponctuent la montée, particulièrement photogéniques en fin de journée.

Une fois arrivé au sommet, le regard embrasse un ensemble harmonieux de bâtiments en bois sombre, de toits de tuiles et de pins taillés. Le temple est associé à plusieurs légendes locales, notamment autour de la famille Taira, qui donnent une dimension presque théâtrale à la visite. Moins documenté que les grands sanctuaires de Kamakura dans les guides touristiques, Myōhon-ji permet pourtant de mieux comprendre la diversité des courants bouddhistes présents dans la ville.

Zuisen-ji : temple-jardin avec étang de contemplation zen

À la lisière des collines à l’est de Kamakura, Zuisen-ji est souvent décrit comme un « temple-jardin », tant l’aménagement paysager occupe une place centrale dans son identité. Conçu au XIVe siècle par le maître zen et paysagiste Musō Soseki, le jardin combine un étang en forme de caractère chinois, des rochers sculptés et des bosquets de bambous disposés avec une précision quasi géométrique. L’ensemble vise à reproduire, à petite échelle, un paysage de montagne idéal, propice à la méditation.

La terrasse qui surplombe l’étang constitue l’un des meilleurs spots de Kamakura pour pratiquer la contemplation silencieuse. Vous y verrez peut-être un moine ratisser le gravier ou tailler un pin, rappelant que ce tableau vivant nécessite un entretien constant. Loin du tumulte de Komachi-dōri et des bus touristiques, Zuisen-ji offre une immersion rare dans la philosophie zen, où chaque pierre et chaque plante ont été placées comme les caractères d’un poème.

Sentiers de randonnée forestiers : tenen et daibutsu hiking trails

Au-delà de ses temples, Kamakura se distingue par un réseau de sentiers forestiers qui relient les différents quartiers et sanctuaires à travers les collines. Les randonnées de Tenen et du Daibutsu Hiking Trail figurent parmi les plus accessibles depuis Tokyo, tout en offrant un véritable dépaysement. Ici, quelques pas suffisent pour quitter la ville et pénétrer dans une forêt de feuillus et de conifères, où l’on oublie rapidement le bruit des trains et des voitures.

Tenen hiking course : traversée de la forêt primaire de kamakura

Le Tenen Hiking Course commence généralement à proximité du temple Kencho-ji et s’étend sur plusieurs kilomètres le long d’une crête boisée. Ce sentier traverse une forêt que l’on qualifie souvent de « primaire » car certaines zones ont été relativement peu modifiées depuis l’époque féodale. Les troncs de cryptomères et de chênes y atteignent des diamètres impressionnants, tandis que la canopée filtre la lumière en un jeu de clair-obscur constant.

Le parcours, d’une durée moyenne de 2 à 3 heures selon votre rythme, ne présente pas de difficulté technique majeure, mais comporte des montées et descentes parfois raides. Des racines apparentes et des passages boueux rappellent qu’il s’agit d’un véritable sentier de montagne, malgré la proximité de la ville. Munissez-vous de bonnes chaussures et d’une bouteille d’eau : même en hiver, l’effort peut être soutenu. En échange, vous profiterez de points de vue fréquents sur la vallée de Kamakura et, par temps dégagé, sur la baie de Sagami.

Daibutsu hiking trail : connexion Kita-Kamakura vers hase

Le Daibutsu Hiking Trail relie le secteur de Kita-Kamakura au quartier de Hase, où se trouve le célèbre Grand Bouddha de Kamakura. Ce sentier est idéal pour ceux qui souhaitent combiner découverte de temples méconnus et randonnée forestière sur une demi-journée. En partant du temple Jōchi-ji, vous vous engagez rapidement dans sous-bois de bambous et de camélias, avant de rejoindre une crête qui ondule au-dessus de la ville. Le dénivelé est modéré, ce qui rend ce parcours accessible à la plupart des marcheurs en bonne forme.

En chemin, des bifurcations permettent de rejoindre des sanctuaires confidentiels comme Zeniarai Benten ou Sasuke Inari, créant une sorte de « pèlerinage circulaire » à travers les collines. Terminus logique du trail : le temple Kotoku-in et son Daibutsu, qui apparaissent presque comme une récompense après cette immersion en pleine nature. Vous préférez les itinéraires moins balisés ? Le Daibutsu Trail offre justement ce sentiment d’aventure légère, avec des passages où les cordes fixées aux arbres aident à franchir des pentes plus abruptes.

Points d’observation panoramiques sur la baie de sagami

Les deux principaux itinéraires de randonnée de Kamakura sont jalonnés de belvédères naturels qui dominent la ville et la baie de Sagami. Sur le Tenen Course, certains promontoires dégagés offrent un panorama à 180° sur l’océan Pacifique, les plages de Shonan et, au loin, la silhouette du mont Fuji par temps clair. Ces points de vue rappellent des postes de guet naturels, comme si l’on observait aujourd’hui la côte avec le même regard que les samouraïs du Moyen Âge.

Le Daibutsu Hiking Trail comporte lui aussi plusieurs ouvertures sur le paysage, notamment à proximité des secteurs où la végétation se fait plus basse. Ces fenêtres sur la mer rythment la marche et apportent une récompense visuelle après les portions plus encaissées. N’oubliez pas que la lumière change très vite en montagne : en fin de journée, le ciel peut se teinter d’orange et de rose, transformant la baie en véritable miroir. Emporter un petit trépied pour votre appareil photo ou votre smartphone peut alors faire la différence.

Flore endémique : bambous géants et cryptomères centenaires

Les sentiers Tenen et Daibutsu constituent aussi un terrain d’observation privilégié pour la flore de Kamakura. Outre les emblématiques bosquets de bambous géants, vous y croiserez des cryptomères centenaires, des érables japonais, des camélias et, en saison, des hortensias qui colorent les sous-bois. Ce mélange de conifères persistants et de feuillus caducs crée un paysage changeant au fil des saisons, du vert profond de l’été aux teintes flamboyantes de l’automne.

On y trouve également plusieurs espèces endémiques ou typiques des forêts humides du Japon, comme certaines fougères arborescentes ou mousses couvrant les troncs et les rochers. Pour beaucoup de voyageurs, ces détails passent inaperçus lors d’une première visite, alors qu’ils constituent l’essence même du charme naturel de Kamakura. Un bon repère ? Là où la mousse s’accroche aux pierres et aux barrières de bois, vous êtes souvent sur les portions les plus anciennes et les plus préservées des chemins.

Quartiers résidentiels authentiques : komachi-dōri alternatifs

La rue commerçante Komachi-dōri est souvent la première étape des visiteurs à Kamakura, avec ses boutiques de souvenirs et ses stands de street-food. Pourtant, à quelques dizaines de mètres seulement, se déploie un maillage de ruelles résidentielles qui dévoile un visage beaucoup plus intime de la ville. En vous éloignant progressivement de l’axe principal, vous découvrirez de petites maisons en bois, des jardins miniatures impeccablement entretenus et des temples de quartier presque invisibles depuis les grands boulevards.

Un itinéraire intéressant consiste à emprunter les ruelles parallèles à Komachi-dōri, en direction de l’est ou de l’ouest, puis à remonter vers les collines. Vous passerez devant des ateliers de potiers, des échoppes de Kamakura-bori qui ne figurent pas sur les brochures touristiques, ainsi que de minuscules cafés tenus par des habitants. C’est dans ces quartiers résidentiels que l’on perçoit le mieux le rythme de vie local : enfants en uniforme revenant de l’école, vélos appuyés contre les murs, linge qui sèche au vent, autant de scènes du quotidien qui contrastent avec l’effervescence de la gare.

Gastronomie locale dans les établissements familiaux traditionnels

Découvrir Kamakura hors des sentiers battus, c’est aussi sortir des grandes artères pour goûter à la gastronomie locale dans de petits établissements familiaux. Éloignez-vous de Komachi-dōri et des restaurants aux menus multilingues, et vous trouverez des shokudō (cantines populaires), des kissaten (cafés à l’ancienne) et des izakaya de quartier où les cartes sont parfois uniquement en japonais. Loin d’être un obstacle, cette barrière linguistique devient une occasion de plus d’échanger avec les propriétaires, qui n’hésitent pas à recommander leurs spécialités.

Parmi les plats typiques à déguster, on retrouve les bols de riz garnis de shirasu (petits poissons blancs), emblématiques de la côte de Shonan. Servis crus, bouillis ou légèrement grillés, ils offrent un concentré de saveurs marines, souvent accompagné de gingembre râpé et d’oignons verts. Vous trouverez aussi des menus de shōjin ryōri, la cuisine bouddhiste végétarienne, dans certains restaurants associés aux temples zen, notamment autour de Kita-Kamakura. Ces repas, composés de légumes de saison, de tofu et de préparations à base de sésame, constituent une expérience culinaire autant qu’un prolongement de la visite spirituelle.

Pour ceux qui préfèrent une ambiance encore plus décontractée, les petits cafés le long de la côte, entre Inamuragasaki et Shichirigahama, proposent des pâtisseries artisanales, des currys japonais et des boissons locales à base de yuzu ou de thé vert. Certains établissements installent quelques tables face à l’océan, transformant chaque repas en moment de contemplation. En choisissant ces adresses familiales, vous soutenez directement l’économie locale tout en découvrant une facette plus authentique de Kamakura, loin des chaînes standardisées présentes dans toutes les grandes villes du pays.

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