Ancienne capitale du Japon médiéval, Kamakura fascine par son patrimoine spirituel exceptionnel et sa situation privilégiée au bord de l’océan Pacifique. Cette ville côtière de la préfecture de Kanagawa, située à seulement 50 kilomètres au sud de Tokyo, offre une escapade culturelle unique mêlant histoire millénaire et art de vivre balnéaire japonais. Ses 65 temples bouddhistes et 19 sanctuaires shintoïstes témoignent de son rôle central dans l’établissement du premier shogunat japonais au XIIe siècle.
La célèbre statue du Grand Bouddha, véritable chef-d’œuvre sculptural de bronze datant de 1252, attire chaque année des millions de visiteurs venus découvrir ce symbole emblématique du bouddhisme japonais. Mais Kamakura révèle bien d’autres trésors : des plages de surf réputées, des forêts de bambous mystiques, et une atmosphère détendue qui contraste avec l’effervescence de la capitale nippone.
Temples historiques de kamakura : sanctuaires bouddhistes et shintoïstes emblématiques
Le patrimoine religieux de Kamakura constitue l’un des ensembles monastiques les plus remarquables du Japon. Cette concentration exceptionnelle de lieux de culte résulte directement de l’installation du gouvernement shogunal de Minamoto no Yoritomo en 1192, qui transforma cette petite bourgade côtière en centre politique et spirituel majeur de l’archipel.
La période de Kamakura (1185-1333) marqua l’apogée de cette cité religieuse, avec l’édification de nombreux complexes monastiques qui perpétuent aujourd’hui les traditions bouddhistes zen et les rituels shintoïstes ancestraux. Ces sanctuaires offrent aux visiteurs une immersion authentique dans la spiritualité japonaise, loin des foules urbaines tokyoïtes.
Temple kōtoku-in et le daibutsu de bronze de 13,35 mètres
Le temple Kōtoku-in abrite le Kamakura Daibutsu, statue colossale d’Amida Bouddha qui domine majestueusement le paysage depuis plus de sept siècles. Cette œuvre monumentale de bronze, haute de 13,35 mètres et pesant approximativement 95 tonnes, représente l’un des trois grands Bouddhas du Japon avec ceux de Nara et de Gifu.
L’originalité de cette statue réside dans sa conception creuse, permettant aux visiteurs de pénétrer à l’intérieur pour découvrir les techniques de construction médiévales. Cette visite intérieure, accessible moyennant un supplément de 20 yens, révèle l’ingéniosité des artisans de l’époque Kamakura qui assemblèrent cette structure complexe en segments de bronze soudés.
Initialement abrité dans un vaste hall de bois, le Daibutsu résiste aujourd’hui aux intempéries en plein air depuis le tsunami dévastateur de 1495 qui détruisit définitivement son édifice protecteur. Cette exposition aux éléments naturels confère à la statue une patine unique et une aura particulièrement saisissante.
Sanctuaire tsurugaoka hachiman-gū : complexe shinto principal de la ville
Fondé en 1180 par Minamoto no Yoritomo lui-même, le sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-
gū est dédié à Hachiman, divinité protectrice des guerriers samouraïs et du clan Minamoto. Construit sur les hauteurs, il est accessible par une large allée monumentale bordée de cerisiers qui part quasiment de la gare de Kamakura. Au printemps, ce corridor végétal forme un tunnel de fleurs qui fait partie des points de vue les plus photographiés de la ville.
Le complexe se compose de plusieurs pavillons vermillon, d’un grand escalier de pierre et de deux étangs symboliques, l’un dédié aux Minamoto et l’autre aux Taira, clans rivaux de l’époque. Des expositions d’objets rituels et d’armures anciennes y sont régulièrement organisées, rappelant le lien étroit entre le sanctuaire et la classe guerrière. Si vous le pouvez, programmez votre visite lors d’un festival de yabusame (tir à l’arc à cheval) : ces démonstrations spectaculaires, généralement au printemps et en automne, font revivre l’art martial des samouraïs dans le cadre solennel du sanctuaire.
Temple hase-dera et sa statue kannon aux onze visages
Situé sur les hauteurs surplombant la baie de Sagami, le temple Hase-dera est l’un des sites les plus poétiques de Kamakura. Fondé au VIIIe siècle, il est consacré à Kannon, bodhisattva de la compassion, dont la statue en bois doré de plus de neuf mètres, à onze visages, est considérée comme l’une des plus belles du Japon. Selon la légende, elle aurait été sculptée dans le même camphrier que sa « sœur jumelle », vénérée près de Nara, avant d’échouer sur le rivage de Kamakura portée par les flots.
Le complexe de Hase-dera séduit autant par sa dimension spirituelle que par ses jardins en terrasses, minutieusement aménagés pour être beaux en toute saison. En montant les escaliers de pierre, vous traversez des parterres d’hortensias, de pruniers et d’érables qui se parent de couleurs spectaculaires en juin et en automne. La promenade mène à un belvédère offrant un panorama dégagé sur les toits de Kamakura et l’océan Pacifique : par temps clair, c’est l’un des meilleurs points de vue pour admirer le coucher de soleil sur la péninsule de Shōnan. Ne manquez pas la grotte de Benten-kutsu, réseau de galeries creusées dans la roche, où des statues de Benzaiten et de ses acolytes créent une atmosphère presque souterraine, à mi-chemin entre sanctuaire et grotte sacrée.
Temple hokoku-ji : forêt de bambous et cérémonie du thé traditionnelle
À l’écart des circuits les plus fréquentés, le temple Hokoku-ji offre une parenthèse de sérénité absolue. Son surnom, « temple de bambou de Kamakura », vient de la superbe bambouseraie qui s’étend derrière le pavillon principal. Plus de deux mille chaumes de bambous géants s’y dressent comme des colonnes naturelles, filtrant la lumière et créant une ambiance fraîche même en plein été. Marcher sur les sentiers de gravier au milieu de ces tiges vert pâle procure une sensation proche de la visite d’une cathédrale végétale.
Pour prolonger l’expérience, vous pouvez réserver sur place une cérémonie du thé simplifiée. Installé dans un petit pavillon donnant directement sur la forêt de bambous, vous dégustez un bol de matcha accompagné d’une douceur japonaise. C’est l’occasion idéale de découvrir les bases de la voie du thé, art traditionnel qui associe esthétique, gestes codifiés et contemplation silencieuse du jardin. Pensez à arriver en début de matinée ou en fin d’après-midi pour éviter les groupes et profiter pleinement de la quiétude des lieux.
Sanctuaire sasuke inari taisha : tunnels de torii vermillon
Pour une atmosphère plus mystérieuse, rendez-vous au sanctuaire Sasuke Inari Taisha, dissimulé dans les collines boisées à l’ouest du centre-ville. Accessible après une courte marche à travers un quartier résidentiel, le sanctuaire apparaît soudain au détour d’un sentier, précédé d’une série de torii vermillon qui forment un véritable tunnel sacré. Moins célèbre que Fushimi Inari à Kyoto mais tout aussi photogénique, ce site reste relativement confidentiel, ce qui renforce son charme.
Dédié à Inari, divinité du riz, de la prospérité et des renards, le sanctuaire regorge de petites statues de kitsune déposées par les fidèles. Certaines sont alignées le long des marches de pierre, d’autres se cachent dans les mousses et les racines, donnant l’impression d’un monde spirituel parallèle. La montée peut paraître un peu raide, mais la récompense est à la hauteur : vous aurez l’impression d’avoir quitté la ville pour un sanctuaire secret, suspendu entre forêt et ciel, idéal pour une pause méditative loin du tumulte des grandes avenues.
Plages de la péninsule de shōnan : stations balnéaires et activités nautiques
Au-delà de ses temples, Kamakura est aussi l’une des stations balnéaires les plus emblématiques de la région de Shōnan. Longue bande littorale au sud de Tokyo, cette côte est connue depuis les années 1950 pour sa culture surf, ses cafés de plage et son ambiance décontractée rappelant certaines villes de Californie. De la fin du printemps au début de l’automne, les habitants de Tokyo et Yokohama affluent pour profiter du sable, des vagues et des couchers de soleil sur le mont Fuji.
Les plages de Kamakura s’étendent sur plusieurs kilomètres, chacune ayant sa personnalité : spot historique pour les surfeurs, base idéale pour le beach-volley ou simple lieu de promenade face à l’île d’Enoshima. En été, des installations temporaires apparaissent sur le sable – bars de plage, douches, zones surveillées – transformant la côte en vaste terrain de jeu. En dehors de la haute saison, vous profiterez plutôt de longues balades au calme, le bruit des vagues en toile de fond, parfaites pour conclure une journée de visites de temples.
Plage de yuigahama : surf spot historique et culture de plage japonaise
Située à une quinzaine de minutes à pied de la gare de Kamakura, la plage de Yuigahama est la plus populaire et la plus animée de la ville. Grande baie de sable brun clair s’ouvrant largement sur l’océan, elle est depuis longtemps un spot prisé des surfeurs. Dès les premières heures du matin, on y voit défiler planches sous le bras, combinaisons néoprène et vélos équipés de racks pour transporter le matériel, véritable symbole de la culture surf japonaise.
De juillet à fin août, la plage se transforme : des cabanes éphémères (umi no ie) s’installent le long du rivage, proposant boissons fraîches, nouilles froides, barbecue et locations de parasols. L’ambiance reste familiale, même si la musique et les lumières contribuent à créer une atmosphère de festival permanent. Si vous recherchez une expérience typique de « plage à la japonaise » à moins d’une heure de Tokyo, Yuigahama est le meilleur choix, à condition de respecter les règles locales (zones de baignade délimitées, interdiction de certains objets et tatouages parfois mal vus).
Plage de shichirigahama : panorama sur l’île d’enoshima et le mont fuji
Un peu plus au sud-ouest, la plage de Shichirigahama attire davantage les amateurs de paysages que les baigneurs occasionnels. Accessible en quelques minutes depuis la station du même nom sur la ligne Enoden, elle offre un panorama spectaculaire sur l’île d’Enoshima, que l’on voit se détacher sur l’horizon. Par temps clair en hiver ou au début du printemps, la silhouette du mont Fuji se dessine en arrière-plan, donnant au littoral un aspect presque irréel.
Cette plage est moins équipée que Yuigahama, mais on y trouve plusieurs cafés et restaurants alignés au-dessus de la route côtière, très appréciés des locaux pour une pause café au coucher du soleil. De nombreux dramas et films japonais y ont été tournés, ce qui en fait un décor familier pour les amateurs de culture pop nippone. Si vous cherchez un spot pour photographier le mont Fuji se couchant derrière l’océan, Shichirigahama fait partie des lieux incontournables de la péninsule de Shōnan.
Plage de zaimokuza : activités de beach-volley et restaurants de fruits de mer
À l’est de Yuigahama, la plage de Zaimokuza propose une ambiance plus sportive et familiale. Moins fréquentée par les surfeurs en raison de vagues souvent plus modestes, elle est en revanche très appréciée pour les activités de plage comme le beach-volley, le stand up paddle ou encore le kayak de mer. Plusieurs clubs de voile et de sports nautiques y organisent des cours d’initiation, ce qui en fait un bon choix si vous souhaitez tester une activité sur l’eau à Kamakura.
La promenade qui longe la plage est bordée de petits restaurants de fruits de mer et d’izakaya où l’on sert poissons grillés, sashimis et spécialités locales comme le shirasu-don (bol de riz surmonté de petits poissons blancs, parfois crus, parfois cuits). Après une journée de visites, s’asseoir en terrasse face à la mer pour déguster un plateau de poissons de la baie de Sagami est une excellente façon de conclure votre escapade. Comme souvent au Japon, pensez à arriver tôt le soir, les cuisines fermant parfois dès 21h.
Plage d’inamuragasaki : point de vue photographique privilégié
Coincée entre Yuigahama et Shichirigahama, la petite plage d’Inamuragasaki passe souvent inaperçue aux yeux des visiteurs pressés. C’est pourtant l’un des meilleurs points de vue de Kamakura pour capturer en une seule image la mer, l’île d’Enoshima et, au loin, le mont Fuji. Un parc en surplomb, facilement accessible à pied depuis la gare d’Inamuragasaki sur la ligne Enoden, permet de profiter de ce panorama sans effort.
Le site est particulièrement spectaculaire au coucher du soleil, lorsque le ciel se teinte d’orange et que la silhouette du Fuji se découpe en contre-jour. En hiver, lorsque l’air est plus sec et dégagé, les conditions sont idéales pour la photographie de paysage. Si vous organisez un itinéraire d’une journée à Kamakura incluant temples et littoral, réserver la fin d’après-midi à un passage par Inamuragasaki est une excellente idée pour terminer sur une note mémorable.
Grand bouddha amida nyorai : chef-d’œuvre sculptural du kamakura daibutsu
Symbole incontesté de Kamakura, le Grand Bouddha Amida Nyorai concentre à lui seul l’essence spirituelle et artistique de la ville. Plus qu’une simple statue, le Daibutsu incarne la transition du Japon vers un bouddhisme plus accessible aux guerriers et au peuple, à l’époque où Kamakura était le centre du pouvoir militaire. Sa posture méditative, ses traits délicats et son regard baissé donnent une impression de douceur qui contraste avec la puissance de sa masse de bronze.
Au-delà de sa hauteur de 13,35 mètres, ce qui impressionne le plus lorsqu’on se tient à ses pieds, c’est le sentiment de calme qui se dégage du site, malgré la fréquentation parfois importante. Le son régulier de la cloche, les prières murmurées par les fidèles et l’alignement précis des sandales de paille géantes suspendues à proximité créent une atmosphère presque hors du temps. Pour apprécier pleinement ce chef-d’œuvre, essayez de venir à l’ouverture ou en fin de journée, quand la lumière rase souligne les volumes de la statue et que les groupes sont plus clairsemés.
Transport ferroviaire depuis tokyo : lignes JR tōkaidō et odakyū odawara
Rejoindre Kamakura depuis Tokyo est particulièrement simple, ce qui en fait une excursion idéale sur une journée. La plupart des voyageurs choisissent les lignes JR, notamment la ligne Yokosuka ou la Shōnan-Shinjuku, qui empruntent en partie le même tracé que la ligne JR Tōkaidō. Depuis la gare de Tokyo ou de Shinjuku, comptez entre 55 et 70 minutes de trajet, pour un tarif généralement compris entre 800 et 1000 yens selon la gare de départ et le type de train. Ces lignes sont inclues dans la plupart des pass JR, ce qui permet de limiter le budget transport si vous voyagez plusieurs jours dans la région du Kantō.
Une alternative intéressante consiste à emprunter les trains privés de la compagnie Odakyū, via la ligne Odawara. En combinant un trajet Tokyo–Fujisawa avec un changement pour le pittoresque train Enoden, vous pouvez transformer votre déplacement en petit voyage panoramique le long de la côte. Cette option est parfois un peu plus longue que le trajet direct en JR, mais elle permet d’arriver à Kamakura en longeant les plages, avec de nombreux arrêts possibles jusqu’à l’île d’Enoshima. C’est une bonne solution si vous souhaitez combiner dans la même journée visites de temples et balade en bord de mer.
Circuit touristique optimal : itinéraire d’une journée dans l’ancienne capitale
Avec autant de temples et de plages, comment organiser une journée à Kamakura sans courir ? Un bon itinéraire consiste à commencer par les sites historiques avant de terminer sur la côte, afin de profiter des plus belles lumières en fin de journée. L’idée est de trouver un équilibre entre visites culturelles et temps de promenade, en limitant les allers-retours inutiles grâce à un tracé logique entre les gares principales et les points d’intérêt.
Voici un exemple d’itinéraire d’une journée, facile à suivre :
- Matin : arrivée à la gare de Kita-Kamakura, visite du temple Engaku-ji ou d’un autre grand temple zen à proximité, puis marche ou train vers Kamakura.
- Fin de matinée : promenade sur l’avenue menant au sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gū, visite du sanctuaire et éventuelle pause déjeuner dans une ruelle adjacente ou sur Komachi-dori.
- Après-midi : train Enoden jusqu’à Hase, visite du temple Hase-dera puis du Kōtoku-in et de son Grand Bouddha.
- Fin de journée : marche jusqu’à la plage de Yuigahama ou court trajet en Enoden vers Inamuragasaki ou Shichirigahama pour assister au coucher de soleil sur la baie de Shōnan.
Si vous disposez de plus de temps ou que vous préférez un rythme plus contemplatif, il est possible d’ajouter la visite du temple Hokoku-ji et de sa forêt de bambous en début de journée, ou de remplacer une plage par un sanctuaire plus confidentiel comme Sasuke Inari Taisha. Dans tous les cas, prévoyez des chaussures confortables, une carte de transport rechargeable (Suica, Pasmo, etc.) et vérifiez les horaires de fermeture des temples, souvent situés autour de 17h. Avec un minimum de préparation, Kamakura se révèle alors dans toute sa richesse : une ancienne capitale des samouraïs où cohabitent patrimoine spirituel, paysages maritimes et art de vivre à la japonaise, à moins d’une heure de Tokyo.
