Pourquoi le japon est surnommé le pays du soleil levant et ce que cela révèle de sa culture

L’archipel japonais évoque immédiatement dans l’imaginaire collectif une terre où l’aube se lève en premier, un territoire mystérieux situé aux confins orientaux de l’Asie. Cette image romantique du pays du soleil levant n’est pas qu’une simple métaphore poétique : elle s’enracine profondément dans l’histoire diplomatique, la mythologie fondatrice et la conscience identitaire d’une nation qui a su transformer sa position géographique en véritable symbole culturel. Comprendre l’origine de cette appellation, c’est plonger dans les méandres de relations sino-japonaises millénaires, explorer des récits mythologiques fascinants et décrypter comment un peuple a construit son identité autour d’un astre céleste. Cette dénomination révèle bien plus qu’une simple localisation : elle dévoile une philosophie, une spiritualité et une vision du monde qui continuent d’imprégner la société japonaise contemporaine.

L’étymologie de nippon : décryptage linguistique du nom originel du japon

L’appellation que les Japonais utilisent pour désigner leur propre pays constitue le point de départ indispensable pour comprendre l’origine du surnom pays du soleil levant. Contrairement aux dénominations étrangères, le terme autochtone révèle une intention précise et une signification géographique délibérément choisie par les élites japonaises anciennes.

Les kanji 日本 (Nihon/Nippon) et leur signification géographique précise

Le nom japonais du pays s’écrit à l’aide de deux idéogrammes chinois : 日本, qui se prononcent Nihon ou Nippon selon les contextes. Le premier caractère, 日 (ni), désigne le soleil ou le jour, tandis que le second, 本 (hon), signifie l’origine, la racine ou la source. Cette combinaison produit littéralement l’expression « origine du soleil » ou « là où naît le soleil », une formulation qui n’est nullement anodine. Cette dénomination reflète la position géographique de l’archipel par rapport au continent asiatique, notamment la Chine, depuis laquelle le Japon se situe effectivement à l’est, là où l’astre solaire apparaît chaque matin. Vous devez comprendre que ce choix linguistique n’était pas qu’une description objective : il s’inscrivait dans une stratégie d’affirmation identitaire face à l’empire du Milieu chinois.

La transcription chinoise ancienne et l’influence des dynasties sui et tang

Avant d’adopter le nom Nihon, l’archipel était désigné par les Chinois sous le terme 倭 (Wa), une appellation aux connotations potentiellement péjoratives évoquant soit la petite taille physique des habitants, soit leur attitude de soumission symbolisée par la coutume du salut incliné. Cette dénomination imposée de l’extérieur ne satisfaisait évidemment pas les autorités japonaises qui aspiraient à une reconnaissance diplomatique plus flatteuse. C’est durant la période d’intense échange culturel avec les dynasties Sui (581-618) et Tang (618-907) que le Japon entreprit de redéfinir son identité nominale. Les missions diplomatiques envoyées en Chine au VIIe siècle marquèrent un tournant décisif, permettant aux Japonais de proposer leur propre appellation fondée sur leur position géographique orientale. Cette transformation linguistique reflétait une volonté d’émancipation culturelle et politique,

où le Japon cessait d’être nommé de l’extérieur pour se définir lui-même comme « pays de l’origine du soleil ». Les scribes chinois transcrivirent cette nouvelle appellation par les caractères 日本, lus en chinois classique Rìběn, que les marchands et diplomates des routes maritimes allaient ensuite diffuser dans tout l’Extrême-Orient. Peu à peu, cette désignation plus neutre, voire prestigieuse, remplaça officiellement 倭 dans les documents chinois, entérinant la volonté japonaise d’apparaître non plus comme une périphérie soumise, mais comme un partenaire situé à l’est, là où le soleil se lève en premier sur le « monde civilisé » sinisé.

Marco polo et la transformation phonétique vers « cipangu » puis « japan »

Lorsque le marchand vénitien Marco Polo voyage en Chine à la fin du XIIIe siècle, il n’atteint jamais physiquement le Japon. Il recueille toutefois les récits des lettrés de la cour mongole et des marchands du sud de la Chine, qui lui parlent d’un archipel lointain nommé 日 本 国, Rìběnguó, « pays de l’origine du soleil ». La prononciation de ce terme, transmise via des parlers locaux et le malais maritime, se transforme progressivement en Zipangu ou Cipangu sous sa plume, dans le célèbre Devisement du monde.

À partir du XVIe siècle, les navigateurs portugais et espagnols reprennent cette appellation en l’adaptant à leurs propres langues : on trouve ainsi des formes comme Japang, Giapan ou Jappan dans les cartes et récits de voyages. Les langues européennes modernes fixeront finalement la forme « Japan » en anglais, « Japón » en espagnol, « Giappone » en italien ou « Japon » en français. Derrière ces variations phonétiques parfois déroutantes, on retrouve pourtant toujours le même noyau sémantique : l’idée d’un pays situé à l’est de la Chine, associé à l’« origine du soleil ». En d’autres termes, même lorsque nous utilisons le mot « Japon », nous héritons, sans toujours le savoir, de ce vieux concept de pays du soleil levant.

La position géographique du japon à l’est de la chine continentale

La force de cette étymologie réside aussi dans sa précision géographique. Si l’on observe une carte de l’Asie de l’Est, l’archipel japonais se déploie comme un arc d’îles volcanique à l’est de la péninsule coréenne et de la Chine continentale, bordant l’océan Pacifique. Pour un observateur installé dans la plaine centrale chinoise – cœur politique des dynasties Sui puis Tang – le soleil se lève effectivement au-dessus de la mer, dans la direction du Japon. C’est cette perspective « chino-centrée » qui nourrit l’image d’un pays où le jour commence en premier.

Bien sûr, d’un strict point de vue astronomique, d’autres territoires de la planète voient le soleil se lever plus tôt que le Japon. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est la représentation symbolique élaborée dans le cadre du monde sinisé : dans l’ordre géopolitique d’alors, le Japon devient la plus orientale des grandes puissances culturelles connues, à l’extrémité du disque terrestre imaginé. Ainsi, lorsque les élites nippones adoptent le nom 日本, elles jouent habilement avec cette perception : elles se placent volontairement dans la position du « matin » face à une Chine perçue comme « centre du monde », tout en affirmant une singularité lumineuse, à la fois géographique et politique.

Le positionnement géographique du japon face au lever du soleil depuis la perspective chinoise

Pour comprendre pourquoi le Japon est appelé pays du soleil levant, il faut se replacer dans la vision du monde des civilisations d’Asie de l’Est. Dans cet univers mental structuré autour de la Chine impériale, la position d’un royaume sur la carte n’est pas qu’une donnée physique : elle détermine aussi son statut symbolique. Le Japon, situé à l’extrême est du monde connu, acquiert ainsi naturellement l’image d’une terre d’aube, à la frontière entre le ciel et l’océan Pacifique.

La localisation de l’archipel nippon sur le 135ème méridien est

Sur le plan moderne, le Japon se situe majoritairement entre les longitudes 122° et 153° est. Le méridien de référence japonais, utilisé comme base du fuseau horaire national (UTC+9), est fixé à 135° est, passant notamment près de la ville de Kōbe. Cela signifie concrètement que le soleil se lève au Japon environ une heure avant la Chine (UTC+8) et jusqu’à huit heures avant l’Europe occidentale. Pour vous qui voyagez de Paris à Tokyo, cette avance temporelle renforce l’impression d’« aller vers le futur » en suivant le soleil.

Historiquement, bien sûr, les anciens Chinois n’avaient pas encore tracé de méridiens sur des cartes globes, mais ils observaient déjà la trajectoire du soleil et la succession des aubes sur leurs horizons. Pour eux, l’archipel situé à l’est, au-delà de la mer de Chine orientale, constituait logiquement la première terre touchée par la lumière du jour. L’ancrage du Japon sur cet extrême oriental, plus encore que sa longitude exacte, fonde son identité de pays du soleil levant dans la conscience régionale.

Les relations diplomatiques entre la cour impériale de nara et la dynastie chinoise

Au VIIIe siècle, alors que la capitale japonaise est fixée à Nara, les relations avec la Chine des Tang atteignent un haut degré d’intensité. Les célèbres missions de courtoisie et d’étude, les kentōshi, acheminent moines, lettrés, architectes et artisans de l’archipel vers le continent, dans le but d’y importer institutions, écriture et modèles culturels. Ces ambassades officielles ne se contentent pas de recevoir : elles se présentent aussi, par écrit, en utilisant des formules codifiées où chaque mot compte.

C’est dans ces échanges diplomatiques que le Japon affirme progressivement son nouveau nom Nihon (日本) face à la Chine. En remplaçant l’ancien Wa 倭, les souverains de Nara revendiquent une place plus digne au sein de l’ordre international de l’époque. La cour des Tang finit par enregistrer cette appellation dans ses annales, reconnaissant implicitement le Japon comme « pays de l’origine du soleil ». À travers ces protocoles très formels, la métaphore géographique se transforme en concept politique, et l’expression « pays du soleil levant » acquiert une légitimité écrite qui lui permettra de traverser les siècles.

Les lettres du prince shōtoku adressées à l’empereur yang de sui en 607

Bien avant Nara, un épisode fondateur cristallise ce jeu de miroirs diplomatiques : la lettre envoyée en 607 par le prince Shōtoku, régent de l’empereur Suiko, à l’empereur Yang de la dynastie Sui. Selon le Nihon Shoki, ce texte s’ouvre sur une formule restée célèbre :

« Le souverain du pays où le soleil se lève adresse cette lettre au souverain du pays où le soleil se couche. »

Cette phrase, dont l’exactitude historique fait encore débat chez les spécialistes, n’en reste pas moins révélatrice. En se définissant comme « pays où le soleil se lève », le Japon se place dans une relation d’égal à égal avec la Chine, qui devient symétriquement « pays où le soleil se couche ». Vous remarquerez ici le renversement subtil : loin d’accepter une position de vassal dans le système tributaire chinois, Shōtoku affirme la dignité de sa cour en s’appuyant sur la géographie céleste.

Pour les Japonais, cette lettre marque la première affirmation explicite d’une identité liée au soleil levant, bien avant que le terme Nihon ne soit formalisé dans les documents officiels. On pourrait dire, par analogie, que cette missive fonctionne comme un « acte de naissance symbolique » du pays du soleil levant, dans lequel la diplomatie, la cosmologie et la politique se rejoignent.

Le symbolisme solaire dans la mythologie shintoïste et la fondation du japon

Si la dimension géopolitique explique en partie le surnom de pays du soleil levant, elle ne suffit pas à elle seule. Pour saisir ce que ce lien au soleil révèle de la culture japonaise, il faut plonger dans les récits fondateurs du shintoïsme, où l’astre solaire est bien plus qu’un simple repère astronomique : il incarne la divinité suprême à l’origine de l’autorité impériale.

Amaterasu ōmikami : la déesse du soleil et ancêtre mythique de la lignée impériale

Dans le panthéon shintoïste, Amaterasu Ōmikami (天照大御神) occupe une place centrale. Son nom signifie littéralement « la grande divinité qui fait briller le ciel ». Fille du dieu créateur Izanagi, elle reçoit de lui la mission de régner sur la plaine céleste, le Takamagahara. La lumière qu’elle projette sur le monde symbolise autant la fertilité des récoltes que l’ordre harmonieux de la société humaine.

Selon la tradition, la lignée impériale japonaise descend directement d’Amaterasu, par l’intermédiaire de son petit-fils Ninigi-no-Mikoto, envoyé sur terre pour gouverner l’archipel. Les premiers empereurs, à commencer par Jinmu, sont ainsi présentés comme ses descendants. Vous comprenez alors à quel point le lien entre soleil et souveraineté est fort : en se disant issus de la déesse solaire, les empereurs se placent sous le signe d’une lumière bienveillante, garante de prospérité. Le pays du soleil levant n’est donc pas seulement un territoire où le soleil apparaît à l’est, c’est aussi un royaume dirigé par la descendance de l’astre lui-même.

Le kojiki et le nihon shoki : codification des mythes cosmogoniques au VIIIe siècle

Ces récits ne sont pas de simples contes oraux : ils ont été soigneusement consignés par écrit au VIIIe siècle dans deux ouvrages fondamentaux, le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720). Commandés par la cour impériale, ces textes combinent mythologie, généalogies et chroniques politiques pour légitimer le pouvoir en place. Leur rédaction correspond d’ailleurs à la période où le nom Nihon s’impose officiellement, ce qui n’est pas le fruit du hasard.

Le Kojiki et le Nihon Shoki décrivent en détail la naissance des dieux, la formation des îles japonaises et la mission divine confiée à la lignée impériale. En codifiant l’importance d’Amaterasu et en inscrivant sa lumière au cœur de l’ordre cosmique, ces ouvrages donnent une assise théologique à l’expression pays du soleil levant. On pourrait comparer leur rôle à celui des grandes épopées fondatrices en Occident : ils fixent un imaginaire commun dans lequel le soleil n’est plus seulement un phénomène naturel, mais le pilier d’une identité nationale sacrée.

La grotte d’Ama-no-Iwato et le symbolisme du retour de la lumière

L’un des épisodes les plus célèbres de cette mythologie est celui de la grotte céleste, Ama-no-Iwato. Après une querelle avec son frère Susanoo, dieu des tempêtes, Amaterasu se cache dans une caverne, retirant ainsi sa lumière du monde. Plongée dans l’obscurité, la terre sombre dans le chaos : les récoltes se fanent, les dieux sont désemparés et le déséquilibre menace l’existence même de l’univers.

Pour faire revenir la déesse, les divinités organisent une mise en scène devant l’entrée de la grotte : danses rituelles, rires, miroir poli reflétant la lumière… Intriguée, Amaterasu ouvre la pierre qui obstrue la caverne, et la lumière revient inonder le monde. Ce mythe, que l’on peut voir comme une allégorie du lever de soleil après la nuit, illustre l’idée que la lumière solaire est synonyme d’ordre, de joie et de continuité de la vie. Quand vous contemplez un lever de soleil au Japon, vous participez en quelque sorte à la réactualisation de ce retour symbolique d’Amaterasu hors de la grotte.

Le yata no kagami : le miroir sacré parmi les trois trésors impériaux

Au cœur de cet épisode figure un objet emblématique : le Yata no Kagami, le « miroir aux huit pans ». Ce miroir sacré, l’un des trois trésors impériaux avec l’épée Kusanagi et le joyau Yasakani no Magatama, représente la lumière d’Amaterasu elle-même. Selon la légende, il aurait été forgé pour refléter la déesse au moment où elle sort de la grotte, lui permettant de se reconnaître dans sa propre splendeur.

Conservé traditionnellement au Grand sanctuaire d’Ise, ce miroir incarne la pureté, la clarté et la droiture que doit posséder le souverain. Il agit comme une sorte de « soleil second », captant et redistribuant la lumière divine. Par analogie, vous pouvez le considérer comme un emblème de transparence et de responsabilité : le dirigeant, à l’image du miroir, doit refléter la volonté des dieux et éclairer son peuple. Là encore, le lien avec l’idée de pays du soleil levant est évident : le Japon se pense comme un espace où la lumière – spirituelle autant que physique – est constamment honorée et relayée.

L’iconographie du soleil levant dans les symboles nationaux japonais

Au fil du temps, ce riche imaginaire solaire quitte les seuls récits mythologiques pour imprégner les symboles officiels de l’État. Drapeau, sceau impérial, hymne national : tous intègrent à leur manière la figure du soleil levant, comme pour rappeler que la modernité japonaise reste profondément enracinée dans cette tradition lumineuse.

Le drapeau hinomaru et son adoption officielle durant l’ère meiji en 1870

Le drapeau national japonais, connu sous le nom de Hinomaru (日の丸, « disque du soleil »), se compose d’un simple cercle rouge centré sur un fond blanc. Cette sobriété graphique en fait l’un des emblèmes les plus immédiatement reconnaissables au monde. Le disque rouge symbolise le soleil, et plus spécifiquement Amaterasu, tandis que le blanc est traditionnellement associé à la pureté et à la sincérité.

Si des motifs similaires étaient déjà utilisés par certains clans de samouraïs et sur des bannières navales dès le XVIe siècle, c’est durant l’ère Meiji que le Hinomaru est officiellement adopté comme pavillon national pour les navires en 1870, puis consacré comme drapeau de l’État moderne. La loi de 1999 viendra confirmer juridiquement ce statut. Choisir un soleil stylisé comme emblème national au moment où le pays s’industrialise et s’ouvre au monde n’est pas anodin : cela revient à affirmer que, malgré la modernisation, le Japon demeure ce pays du soleil levant dont l’identité se tourne vers l’aube, l’avenir et le renouveau.

Le sceau impérial chrysanthème à seize pétales : représentation stylisée du soleil

Un autre symbole national, souvent moins connu du grand public étranger, est le sceau impérial au chrysanthème à seize pétales. Officiellement, il représente une fleur de chrysanthème stylisée, mais sa forme rayonnante évoque également un soleil aux multiples faisceaux. Ce sceau orne les passeports japonais, certaines pièces de monnaie et, bien sûr, les documents liés à la maison impériale.

Historiquement, le chrysanthème est associé à l’automne et à la longévité, mais dans le contexte impérial, sa silhouette circulaire, avec ses pétales réguliers irradiant depuis un centre lumineux, renforce l’idée d’un pouvoir qui émane du trône comme la lumière d’un astre. On pourrait dire que le Hinomaru représente le soleil pour la nation, tandis que le chrysanthème en est la déclinaison spécifique pour la dynastie. Les deux emblèmes, l’un rouge sur blanc, l’autre doré sur fond rouge ou noir, composent ainsi un langage visuel cohérent autour du motif du soleil levant.

L’hymne national kimigayo et ses références à la pérennité dynastique

L’hymne national japonais, Kimigayo, est l’un des plus courts au monde, mais sa portée symbolique est considérable. Les paroles, issues d’un poème du Xe siècle, évoquent le souhait que « le règne de notre souverain dure mille, huit mille générations », jusqu’à ce que « les rochers deviennent rochers recouverts de mousse ». Même si le soleil n’y est pas mentionné explicitement, la notion de durée quasi éternelle renvoie implicitement au cycle inaltérable du jour et de la nuit.

Dans le contexte d’un pays du soleil levant, cet hymne exprime l’idée que la dynastie impériale, descendante d’Amaterasu, doit perdurer aussi longtemps que le soleil se lève sur l’archipel. Vous pouvez y voir une sorte de parallèle : de même que le lever du soleil chaque matin semble garantir une continuité rassurante, le maintien de la lignée impériale est présenté comme un pilier de stabilité pour la nation. Cette association entre permanence politique et régularité cosmique renforce une fois encore le lien intime entre Japon, souveraineté et lumière solaire.

L’influence culturelle du concept de soleil levant sur l’identité japonaise contemporaine

Loin de se cantonner aux mythes anciens ou aux symboles officiels, le motif du soleil levant imprègne encore largement la vie quotidienne et les pratiques culturelles du Japon d’aujourd’hui. Des rituels du Nouvel An aux architectures sacrées, en passant par la philosophie et l’esthétique, il façonne une manière particulière de se situer dans le temps et dans le monde.

Le hatsuhinode : rituel du premier lever de soleil au sommet du mont fuji

Chaque 1er janvier, des millions de Japonais se lèvent avant l’aube pour assister au hatsuhinode, le premier lever de soleil de l’année. Certains se rendent au bord de la mer, d’autres au sommet de collines ou de gratte-ciel, tandis que les plus motivés gravissent le Mont Fuji en été pour contempler l’astre naissant au-dessus d’un paysage quasi mythique. Ce rituel, profondément ancré dans la culture, symbolise le renouveau, la purification et l’espoir.

En venant saluer le soleil à l’horizon, les participants se placent consciemment dans la continuité de la tradition du pays du soleil levant. Ils se tiennent, pour ainsi dire, à la frontière symbolique entre l’ombre de l’année écoulée et la lumière de celle qui commence. Pour vous, voyageur ou résident, participer au hatsuhinode peut être une manière concrète de ressentir comment ce lien au soleil structure encore l’imaginaire collectif japonais.

L’architecture des sanctuaires shinto et leur orientation vers l’est

Si vous observez attentivement l’architecture des sanctuaires shinto, vous remarquerez que beaucoup d’entre eux sont orientés de manière à accueillir la lumière du matin. Bien que cette règle ne soit pas absolue, de nombreux jinja alignent leur axe principal d’est en ouest, de sorte que le bâtiment principal reçoive les premiers rayons du soleil. Cette disposition renforce la dimension liminale des sanctuaires, lieux de passage entre le monde humain et celui des kami.

Cette orientation vers l’est n’est pas sans rappeler l’étymologie de Nihon, « origine du soleil ». Comme si l’architecture sacrée matérialisait dans l’espace ce que les mythes expriment dans le temps : l’idée que la lumière vient d’un point précis, et que le Japon se tient sur cette ligne d’aube. Pour vous, promeneur matinal, entrer dans un sanctuaire baigné de lumière naissante permet de comprendre intuitivement pourquoi l’expression pays du soleil levant dépasse largement le simple cadre linguistique.

La philosophie zen et la méditation à l’aube dans les temples bouddhistes

Dans de nombreux monastères zen, la journée commence bien avant le lever du soleil par une séance de méditation assise, le zazen. Les moines se rassemblent dans le zendō, souvent faiblement éclairé, pour s’asseoir en silence alors que l’obscurité est encore dense. Peu à peu, la lumière de l’aube filtre à travers les cloisons de papier ou les ouvertures, transformant l’espace sans bruit.

Cette pratique n’est pas seulement une question d’emploi du temps monastique : elle s’appuie sur la puissance symbolique de la transition nuit-jour. Méditer alors que la lumière naît, c’est s’accorder intérieurement avec ce mouvement universel, un peu comme si l’on synchronisait son esprit sur le battement cosmique du pays du soleil levant. Pour ceux d’entre vous qui souhaitent expérimenter une retraite zen au Japon, choisir un temple qui propose des méditations à l’aube permet de vivre physiquement ce lien ancestral entre spiritualité et lever de soleil.

Le concept de mono no aware et la contemplation éphémère de la lumière matinale

Un autre trait marquant de la sensibilité japonaise est le mono no aware, souvent traduit par « émotion devant les choses éphémères ». Cette notion désigne la mélancolie douce ressentie face à la beauté fugace : fleurs de cerisier qui tombent, brume matinale qui se dissipe, couleurs changeantes d’un ciel d’aurore. Le lever du soleil, par sa brièveté et son intensité, constitue un moment privilégié pour éprouver ce sentiment.

Observer la lumière qui glisse sur les toits de tuiles, éclaire les rizières ou dessine les contours d’un temple, c’est prendre conscience que chaque jour commence par un spectacle qui ne se répétera jamais à l’identique. Dans un pays du soleil levant, cette expérience quotidienne devient presque une école de regard : elle apprend à apprécier les instants qui passent, à accepter le changement et à trouver de la profondeur dans la simplicité. Si vous prenez le temps, lors d’un séjour au Japon, de vous lever avant l’aube pour contempler le jour naissant, vous toucherez du doigt ce mono no aware qui irrigue tant de poèmes, de films et de photographies contemporaines.

La perception occidentale du japon comme terre orientale extrême et ses implications géopolitiques

Du point de vue européen, le Japon s’est longtemps présenté comme l’extrémité orientale d’un monde à découvrir, presque une « fin du monde à l’est ». La métaphore du pays du soleil levant s’est ainsi trouvée réinterprétée par les explorateurs, les missionnaires puis les diplomates occidentaux, qui y voyaient un territoire à la fois lointain, fascinant et chargé de promesses commerciales ou stratégiques.

Dès la Renaissance, les cartes européennes placent le Japon aux confins des océans, souvent accompagné de légendes inspirées de Marco Polo sur les richesses de « Cipangu ». Au XIXe siècle, lorsque le pays s’ouvre à nouveau après la période d’isolement du Sakoku, cette image de terre d’aube prend une nouvelle dimension : le Japon apparaît comme un laboratoire de modernisation rapide, un lieu où l’Orient se réinvente face à la montée en puissance industrielle de l’Occident. On parle parfois d’un « soleil levant » économique et militaire, notamment après la victoire japonaise sur la Russie en 1905, première défaite majeure d’une puissance européenne par un pays asiatique moderne.

Dans le monde contemporain, la métaphore du pays du soleil levant conserve cette ambivalence. Elle évoque autant les prouesses technologiques de l’après-guerre que l’aura culturelle du Japon dans la pop culture mondiale. Mais elle rappelle aussi, pour certains de ses voisins, la période impérialiste où ce soleil s’est levé sous la forme de drapeaux militaires. Comprendre l’origine et la richesse de cette expression permet donc de porter un regard plus nuancé sur le Japon : non pas seulement comme une carte postale exotique tournée vers l’aube, mais comme une société qui, depuis des siècles, dialogue avec la lumière – géographique, mythologique, spirituelle et politique – pour définir sa place dans le monde.

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