La préfecture de Shizuoka incarne l’essence du Japon traditionnel, où les plantations de thé vert s’étendent à perte de vue sur les collines vallonnées, tandis que l’océan Pacifique dessine une côte spectaculaire. Cette région exceptionnelle, située entre Tokyo et Nagoya, offre une expérience authentique du terroir japonais. Les visiteurs découvrent ici un territoire où la culture millénaire du thé se mêle harmonieusement aux panoramas grandioses sur le mont Fuji, créant des paysages d’une beauté saisissante.
Shizuoka produit près de 40% du thé vert japonais, faisant de cette préfecture le cœur battant de la culture théicole du pays. Les techniques ancestrales de cultivation se transmettent de génération en génération, préservant un savoir-faire unique au monde. Cette richesse culturelle s’accompagne d’une biodiversité marine exceptionnelle dans la baie de Suruga, l’une des plus profondes du Japon, où évoluent des espèces rares et endémiques.
Terroir et cultivation du thé vert dans les plantations de shizuoka
Le terroir de Shizuoka bénéficie de conditions climatiques exceptionnelles pour la culture du thé. Les sols volcaniques riches en minéraux, combinés à un ensoleillement optimal et à des précipitations régulières, créent un environnement idéal pour le développement des théiers. L’altitude variable, allant du niveau de la mer à plus de 800 mètres, permet de cultiver différentes variétés selon des méthodes spécifiques à chaque zone géographique.
Les plantations s’étendent sur plus de 18 000 hectares, formant un paysage en terrasses caractéristique qui épouse parfaitement les contours des collines. Cette configuration géographique unique protège les plants des vents violents tout en favorisant un drainage naturel optimal. La région compte plus de 3 000 exploitations théicoles, allant des petites fermes familiales aux grandes coopératives modernes équipées des technologies les plus avancées.
Région de kawane et ses cultivars yabukita premium
La région montagneuse de Kawane constitue le joyau de la production théicole de Shizuoka. Située dans la vallée de la rivière Oigawa, cette zone d’altitude bénéficie d’un microclimat particulièrement favorable à la cultivation du cultivar Yabukita, variété premium représentant 80% de la production locale. Les écarts de température importants entre le jour et la nuit favorisent la concentration des arômes et la richesse gustative des feuilles.
Les producteurs de Kawane pratiquent une agriculture respectueuse de l’environnement, limitant l’usage des pesticides et privilégiant les méthodes biologiques. Cette approche durable permet d’obtenir un thé d’exception, reconnu pour sa couleur vert émeraude profonde et son goût umami prononcé. Les plantations en altitude, situées entre 400 et 600 mètres, produisent environ 350 tonnes de thé par an, soit 15% de la production totale de la préfecture.
Techniques de récolte shincha au printemps dans la vallée d’oi
La récolte du Shincha, littéralement « thé nouveau », constitue l’événement majeur de l’année théicole dans la vallée d’Oi. Cette première cueillette printanière, qui s’étend de fin avril à début mai, détermine la qualité exceptionnelle du thé de Shizuoka. Les cu
eillets les plus tendres des théiers, encore gorgés de nutriments accumulés durant l’hiver. La cueillette se fait majoritairement à la machine sur les parcelles de plaine, mais dans les zones escarpées de la vallée, de nombreux producteurs continuent de privilégier la récolte manuelle, feuille par feuille. Cette méthode permet de sélectionner uniquement les jeunes pousses, garantes d’un Shincha d’une finesse aromatique remarquable. Les feuilles, acheminées vers les manufactures dans les heures qui suivent la cueillette, conservent ainsi leur fraîcheur et leur teneur en catéchines, éléments clés des bienfaits du thé vert sur la santé.
Pour les visiteurs, assister à la récolte de printemps dans la vallée d’Oi est une immersion inoubliable dans le quotidien des producteurs. Certaines exploitations ouvrent leurs parcelles et proposent des ateliers de cueillette, où vous pouvez apprendre à repérer le fameux bourgeon et les deux premières feuilles, standard de qualité dans l’univers du thé japonais. On réalise alors à quel point ce geste apparemment simple requiert précision et rapidité, un peu comme la calligraphie : un mouvement fluide, mais le fruit d’années de pratique. De nombreux circuits proposent également des dégustations de Shincha fraîchement infusé, permettant de comparer les profils aromatiques selon l’altitude, l’exposition et la date de récolte.
Processus de transformation sencha dans les manufactures de makinohara
Après la cueillette, commence à Makinohara le travail discret mais déterminant des manufactures de thé. Cette vaste plaine, l’un des plus grands plateaux de thé du Japon, concentre des installations de transformation à la pointe de la technologie. Le processus du Sencha, le thé vert le plus consommé au Japon, repose sur une succession d’étapes minutieusement chronométrées. Dans les heures suivant la récolte, les feuilles sont d’abord passées à la vapeur pendant quelques dizaines de secondes pour stopper l’oxydation, préservant ainsi la couleur verte intense et les arômes végétaux frais.
Les feuilles encore souples passent ensuite par une série de machines de roulage et de séchage, où elles sont progressivement façonnées en aiguilles fines et régulières. Ce roulage n’est pas qu’une question d’esthétique : il facilite l’extraction des composés aromatiques lors de l’infusion, à l’image d’un moulin qui libère les parfums du café. Selon la durée de la cuisson à la vapeur, on distingue le Futsumushi Sencha (vapeur standard), le Fukamushi Sencha (longuement cuit à la vapeur, typique de Shizuoka) et des traitements intermédiaires. Le Fukamushi donne une liqueur plus trouble, d’un vert profond, avec une texture riche et une amertume adoucie.
Les manufactures de Makinohara accueillent régulièrement des visites guidées, permettant de suivre le parcours de la feuille depuis son arrivée en cagettes jusqu’au conditionnement final. Les visiteurs peuvent observer les contrôles de qualité, où des maîtres goûteurs (chashi) évaluent couleur, parfum, goût et sensation en bouche. Vous apprendrez par exemple pourquoi l’eau d’infusion idéale pour un Sencha premium se situe autour de 60 à 70 °C : une température trop élevée ferait ressortir une amertume excessive, comme un café sur-extrait. Certaines coopératives proposent même des ateliers de préparation, où l’on pratique plusieurs infusions successives du même thé pour découvrir la palette de saveurs qu’il recèle.
Appellation contrôlée shizuoka-cha et certification jas biologique
Face à la demande croissante pour un thé vert traçable et respectueux de l’environnement, Shizuoka a développé des labels de qualité rigoureux. L’appellation régionale Shizuoka-cha garantit l’origine géographique du thé, issu exclusivement de plantations de la préfecture et transformé localement. Ce label met en valeur le lien entre terroir, climat côtier et savoir-faire théicole, à la manière des indications géographiques protégées en Europe. Pour le consommateur, cette mention est un repère fiable pour choisir un thé vert de caractère, associant fraîcheur végétale, douceur umami et finale légèrement iodée typique des thés de Shizuoka.
Parallèlement, de plus en plus d’exploitations s’engagent dans la voie de l’agriculture certifiée, notamment via le label JAS biologique (Japanese Agricultural Standard). Cette certification encadre strictement l’usage de pesticides et d’engrais de synthèse, privilégiant les méthodes naturelles, les engrais organiques et la biodiversité au sein des parcelles. Obtenir le label JAS bio demande plusieurs années de conversion et des contrôles réguliers, un peu comme une longue ascension vers un sommet dont chaque étape doit être validée. Pour vous, amateur de thé vert, cela signifie la possibilité de déguster un Sencha ou un Matcha de Shizuoka en ayant la certitude de pratiques agricoles transparentes et durables.
Écosystème côtier de la baie de suruga et biodiversité marine
Au-delà des collines de thé, la préfecture de Shizuoka se tourne vers l’océan avec la baie de Suruga, un écosystème marin d’une richesse exceptionnelle. Cette baie, la plus profonde du Japon, plonge jusqu’à plus de 2 500 mètres grâce à la présence d’une fosse océanique qui s’enfonce au large. Ce relief sous-marin singulier crée des courants complexes, faisant remonter des eaux froides et riches en nutriments qui nourrissent une chaîne alimentaire foisonnante. Résultat : une biodiversité marine remarquable, allant des micro-organismes planctoniques aux grands cétacés, en passant par une multitude de poissons et crustacés.
Pour les voyageurs, la baie de Suruga offre une expérience contrastée entre ports de pêche animés, plages volcaniques et points de vue spectaculaires sur le mont Fuji se reflétant dans l’océan. On y perçoit pleinement le dialogue permanent entre mer et montagne qui caractérise Shizuoka : pendant que le Fuji domine l’horizon, les pêcheurs rentrent au port avec leurs prises du jour, notamment les célèbres sakura-ebi et les thons de haute mer. Plusieurs programmes de sensibilisation à l’environnement marin y sont menés, combinant sorties en mer, visites de centres d’interprétation et dégustations de produits de la mer issus d’une pêche raisonnée.
Sanctuaire marin de suruga bay et fosse océanique profonde
La baie de Suruga est souvent décrite comme un « sanctuaire marin » en raison de sa topographie unique. La fosse océanique de Suruga, prolongement d’une zone de subduction, crée des pentes sous-marines abruptes à quelques kilomètres seulement de la côte. Cette configuration attire des espèces habituellement associées aux grands fonds, comme certains calmars géants et poissons abyssaux, parfois observés lors de campagnes scientifiques. Pour les biologistes marins, la région est un véritable laboratoire naturel pour étudier l’adaptation à la pression extrême et à l’absence de lumière.
Les autorités locales et les chercheurs travaillent de concert pour préserver cet écosystème tout en le rendant accessible au public. Des excursions en bateau, notamment au départ de ports comme Shimizu, permettent d’observer dauphins et parfois baleines selon les saisons, avec en toile de fond le mont Fuji enneigé. Comprendre ces dynamiques océaniques, c’est un peu comme lire l’envers du décor des plantations de thé : l’humidité, les brumes et le climat tempéré de Shizuoka doivent beaucoup à la présence de cette mer profonde et vivante. En choisissant des opérateurs engagés dans l’écotourisme, vous contribuez directement à la protection de cette zone marine unique.
Pêche traditionnelle sakura-ebi à yui et okitsu
Parmi les trésors marins de la baie de Suruga, les sakura-ebi, petites crevettes translucides aux reflets rosés, occupent une place à part. Leur nom, qui signifie « crevettes cerisiers », évoque la couleur qu’elles prennent une fois cuites, rappelant les pétales de sakura au printemps. La pêche aux sakura-ebi est pratiquée principalement autour de Yui et Okitsu, selon une saisonnalité stricte et des quotas encadrés. Deux périodes de pêche sont autorisées, au printemps et à l’automne, afin de préserver la ressource et de laisser le temps aux populations de se renouveler.
La nuit, les bateaux sortent en flottille, formant un chapelet de lumières sur la mer noire tandis que les filets dérivants capturent délicatement les crevettes remontant vers la surface. Au petit matin, vous pouvez assister, sur les quais des ports de Yui ou Okitsu, au tri minutieux de ces sakura-ebi fragiles, aussitôt vendues aux enchères ou transformées. Dégustées crues en kaisendon, légèrement bouillies, séchées au soleil ou frites en petits beignets croustillants, elles offrent une saveur iodée et sucrée très particulière. Pour vivre cette tradition de près, il suffit de se rendre dans l’un des restaurants de ces ports, où les menus saisonniers mettent à l’honneur ce produit rare de Shizuoka.
Plages volcaniques de miho no matsubara et formation géologique
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que partie du site du mont Fuji, la plage de Miho no Matsubara est l’un des paysages côtiers les plus emblématiques du Japon. Cette longue bande littorale se distingue par son sable noir d’origine volcanique et sa pinède centenaire qui s’étire le long de la baie de Suruga. Le contraste entre le vert profond des pins, le noir du rivage et le bleu de l’océan, surmonté par le cône blanc du Fuji, compose une scène presque irréelle, immortalisée par de nombreux artistes, dont le célèbre Hokusai.
D’un point de vue géologique, Miho no Matsubara est le fruit de milliers d’années de dépôts sédimentaires issus des rivières descendant des pentes du Fuji et des montagnes environnantes. Les cendres et scories volcaniques ont été érodées, transportées, puis redistribuées par les courants côtiers, donnant naissance à ce cordon sableux sombre. Marcher sur cette plage, c’est un peu comme remonter le temps jusqu’aux grandes éruptions qui ont façonné la région. Des sentiers balisés à travers la pinède invitent à la promenade, tandis que des panneaux d’interprétation expliquent la formation de la côte et la légende de l’hagoromo, le manteau de plumes céleste associé à Miho.
Zones de protection ramsar dans les marais salants d’omaezaki
À l’extrémité sud-ouest de la préfecture, la région d’Omaezaki abrite des zones humides côtières d’un grand intérêt écologique. Certaines d’entre elles ont été inscrites au titre de la convention de Ramsar, qui protège les zones humides d’importance internationale. Ces marais salants et lagunes littorales constituent des habitats essentiels pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, notamment les limicoles et les canards plongeurs, qui y trouvent repos et nourriture lors de leurs longues traversées entre Sibérie et Asie du Sud-Est.
Pour les visiteurs, ces espaces protégés offrent une autre facette de Shizuoka, plus silencieuse et contemplative. Des observatoires ornithologiques et sentiers sur pilotis permettent d’observer la faune sans la déranger, particulièrement durant les périodes de migration au printemps et à l’automne. On réalise alors que l’écosystème de la préfecture ne se limite pas aux plantations de thé et aux panoramas sur le Fuji, mais englobe aussi ces milieux humides discrets, véritables filtres naturels pour la qualité de l’eau. Si vous êtes amateur de photographie ou de nature, prévoir une halte à Omaezaki enrichira votre découverte de la région.
Observatoires panoramiques du mont fuji depuis le plateau de nihondaira
Dominant la ville de Shizuoka et la baie de Suruga, le plateau de Nihondaira est l’un des plus beaux belvédères du Japon pour admirer le mont Fuji. Situé à environ 300 mètres d’altitude, il offre une vue dégagée sur le cône volcanique, les champs de thé, la côte et le port de Shimizu. Le site a été aménagé avec un observatoire moderne, des promenades en bois et plusieurs terrasses panoramiques, tout en préservant une atmosphère paisible. Par temps clair d’hiver, le contraste entre le ciel d’un bleu pur et le sommet enneigé du Fuji est particulièrement saisissant.
Nihondaira est aussi un excellent point de départ pour comprendre comment la géographie de Shizuoka structure ses paysages : depuis les plateformes d’observation, vous pouvez repérer les différents étages, des plantations de thé aux vallées fluviales, jusqu’à la mer profonde. C’est un peu comme consulter une carte en relief grandeur nature, où chaque élément du territoire se répond. Le site est accessible en bus depuis la gare de Shizuoka et dispose de parkings pour ceux qui choisissent de louer une voiture. En fin de journée, les couchers de soleil sur la baie de Suruga et le mont Fuji valent à eux seuls le déplacement.
Station téléphérique de kunozan et temple toshogu
Depuis le plateau de Nihondaira, un téléphérique spectaculaire relie le sommet au mont Kunozan, où se dresse le sanctuaire Kunozan Toshogu. En quelques minutes, vous survolez des pentes couvertes de végétation et de champs de thé, avec la mer en arrière-plan. La station amont du téléphérique est située à proximité immédiate de l’observatoire, ce qui permet de combiner facilement contemplation du paysage et visite culturelle. La descente vers Kunozan donne l’impression de flotter entre ciel et mer, une expérience qui marque de nombreux voyageurs.
Le sanctuaire Kunozan Toshogu, premier mausolée dédié au shogun Tokugawa Ieyasu avant la construction du célèbre Toshogu de Nikko, est un chef-d’œuvre de l’architecture décorative du début de l’époque Edo. Niché à flanc de montagne, il offre également de beaux points de vue sur la côte et les collines environnantes. Pour y accéder sans prendre le téléphérique, il est possible d’emprunter un escalier de plus d’un millier de marches depuis le littoral, une ascension physique qui renforce la dimension spirituelle de la visite. Entre l’histoire du shogunat, la finesse des sculptures polychromes et les panoramas sur le Pacifique, Kunozan Toshogu incarne parfaitement le lien étroit entre culture et paysage à Shizuoka.
Points de vue stratégiques depuis le lac tanuki
À l’ouest du mont Fuji, le lac Tanuki est un autre lieu incontournable pour les amateurs de panoramas. Ce réservoir artificiel, entouré de forêts et de prairies, est particulièrement célèbre pour les reflets du Fuji sur sa surface calme aux premières heures du jour. Lorsque les conditions sont réunies, le phénomène du « Diamond Fuji » peut être observé deux fois par an, au lever ou au coucher du soleil, lorsque l’astre vient se poser exactement sur le sommet du volcan, créant une lumière étincelante comparable à un diamant.
Le site est équipé d’aires de camping, de sentiers de randonnée et de plateformes d’observation spécialement aménagées pour la photographie. Vous y croiserez de nombreux passionnés, trépied à la main, venus capturer la silhouette parfaite du Fuji se détachant sur le ciel pastel du petit matin. Le lac Tanuki est aussi un excellent point de départ pour explorer les plateaux d’Asagiri et leurs paysages de pâturages face à la montagne. En combinant ces différents points de vue, vous construisez votre propre « tour des horizons » du Fuji, découvrant comment la même montagne se transforme selon l’angle, la saison et la lumière.
Photographie alpine depuis les hauteurs d’izu-hakone
Au sud-est de Shizuoka, les reliefs de la péninsule d’Izu et du parc national Fuji-Hakone-Izu offrent des perspectives plus lointaines, mais tout aussi impressionnantes, sur le mont Fuji. Depuis certains cols et plateformes aménagées, notamment autour d’Izu Skyline ou des hauteurs d’Atami, vous pouvez contempler le volcan se dresser au-delà des crêtes, comme une sentinelle au-dessus de l’océan. Cette vision du Fuji entouré d’autres montagnes évoque davantage un paysage alpin, où les lignes de crêtes se succèdent jusqu’à l’horizon.
Pour les photographes, ces points élevés constituent des spots de choix pour jouer avec les couches de relief, les brumes matinales et les variations de lumière. Vous pouvez, par exemple, composer vos images en intégrant les forêts denses, les sources chaudes fumantes et, au loin, le Fuji qui émerge au-dessus d’une mer de nuages. À l’instar d’un tableau impressionniste, chaque passage de nuage, chaque changement de saison modifie la palette de couleurs. Prévoir un passage par ces hauteurs lors d’un séjour à Shizuoka permet d’enrichir votre collection de vues du Fuji, au-delà des clichés les plus connus.
Patrimoine historique des anciennes routes tokaido
Traversant la préfecture de Shizuoka d’est en ouest, l’ancienne route du Tokaido reliait autrefois Edo (Tokyo) à Kyoto, jalonnée de 53 relais historiques immortalisés par les estampes d’Hiroshige. Plusieurs de ces anciens relais se trouvent dans la région, notamment Mariko, Kanaya ou Yui, et conservent encore aujourd’hui une atmosphère d’époque. En vous promenant dans les rues étroites bordées de maisons traditionnelles, auberges et petits temples, vous avez le sentiment de remonter le temps, sur les traces des samouraïs, marchands et pèlerins qui empruntaient cette artère vitale du Japon féodal.
Mariko, par exemple, est célèbre pour ses anciennes auberges de montagne et son ambiance villageoise préservée. Le temple Togeppo-Saiokuji et son jardin sec invitent à une parenthèse contemplative, loin de l’agitation des grandes villes. À Kanaya, le musée du thé Ocha no Sato retrace l’histoire de la culture du thé le long du Tokaido, montrant comment la boisson est devenue indissociable des haltes sur la route. On réalise alors que le thé n’était pas seulement un produit agricole, mais aussi un carburant social pour les voyageurs de l’époque, tout comme le café l’est aujourd’hui dans les gares modernes.
En suivant certains tronçons restaurés du Tokaido, vous pouvez combiner randonnée douce, découverte de petits sanctuaires et dégustation de spécialités locales. Les panneaux explicatifs et reconstitutions aident à visualiser les scènes du passé : porteurs de palanquin, processions de daimyos, commerçants ambulants. Pour qui s’intéresse à l’histoire du Japon, Shizuoka apparaît alors comme un grand livre ouvert, où chaque relais est un chapitre racontant une facette différente de la vie sur la route.
Géothermalisme et sources chaudes d’ito-atami
La proximité de la ceinture volcanique japonaise confère à Shizuoka un patrimoine géothermique remarquable, particulièrement visible dans les stations balnéaires d’Ito et d’Atami, sur la péninsule d’Izu. Ces villes thermales, parmi les plus anciennes du pays, exploitent depuis des siècles des sources chaudes jaillissant à des températures parfois supérieures à 60 °C. Les eaux, naturellement riches en minéraux, sont réputées pour leurs effets relaxants et leurs vertus pour la peau et les articulations. Se plonger dans un onsen en plein air avec vue sur la mer ou les collines boisées est l’une des expériences les plus marquantes d’un séjour à Shizuoka.
Sur le plan scientifique, le géothermalisme d’Ito-Atami est lié à l’activité de la plaque tectonique Philippine qui s’enfonce sous la plaque Eurasienne, générant un gradient thermique élevé. Les eaux de pluie infiltrées en profondeur se réchauffent, se chargent en minéraux, puis remontent en surface le long de failles. Cette mécanique naturelle, invisible au quotidien, se traduit pour vous par un réseau de bains publics, ryokan traditionnels et établissements modernes offrant des bains variés : bassins en pierre, bois de cyprès, bains de sable chauffé, voire bains de thé vert dans certains hébergements.
Atami, en particulier, a su se réinventer en combinant son héritage thermal avec une offre culturelle et gastronomique diversifiée. On y trouve des promenades en bord de mer, des jardins de pruniers et des feux d’artifice nocturnes réguliers reflétés sur la baie. Ito, plus calme, séduit par ses quartiers historiques, ses petits ponts et ses bains de quartier fréquentés par les habitants. En choisissant un hébergement avec onsen, vous pouvez profiter pleinement de la dimension sensorielle de Shizuoka : après une journée de visites dans les champs de thé ou sur les sentiers côtiers, le retour au bain chaud devient un rituel apaisant, comme un point d’orgue à votre immersion dans la région.
Gastronomie locale et spécialités culinaires wasabi-zuke
La préfecture de Shizuoka est un véritable paradis pour les gastronomes, où l’on retrouve l’influence conjointe de la mer, de la montagne et des rivières. Outre les thés verts d’exception et les produits de la baie de Suruga, la région est particulièrement réputée pour son wasabi cultivé en terrasses irriguées par une eau de source d’une grande pureté. Ce wasabi authentique, râpé frais, offre un piquant net mais évanescent, très différent des pâtes de raifort colorées en vert que l’on trouve fréquemment à l’étranger. Il entre notamment dans la composition d’une spécialité typique : le wasabi-zuke.
Le wasabi-zuke est une préparation traditionnelle mêlant tiges et feuilles de wasabi finement hachées à des lies de saké (saké-kasu). Le résultat est une sorte de condiment lacto-fermenté, à la fois piquant, salin et légèrement sucré, qui accompagne à merveille le riz chaud, le tofu ou certains poissons grillés. C’est un peu l’équivalent japonais d’un fromage fort ou d’une moutarde artisanale : un petit volume suffit à transformer un plat simple en expérience gustative mémorable. Vous en trouverez dans les marchés locaux, les boutiques spécialisées proches des zones de culture de wasabi et dans les échoppes des gares principales.
La gastronomie de Shizuoka ne s’arrête pas là. Les sushis de Shimizu, les anguilles grillées du lac Hamana, les mandarines de la côte et les nombreuses douceurs au thé vert complètent un tableau culinaire déjà riche. Lors de votre séjour, pensez à combiner dégustation de Sencha ou de Matcha avec des mets locaux : un Shizuoka-cha légèrement torréfié accompagné de wasabi-zuke et de poissons de la baie de Suruga permet de saisir l’essence même du terroir. En fin de compte, explorer Shizuoka par l’assiette, c’est prolonger le voyage entamé dans les plantations de thé, le long des côtes et au pied du mont Fuji.
